Les ménages suisses s'endettent comme personne?
24.08.2026 Chers coopérateurs,
Chers amis et connaissances,
Je reprends du service avec ce « blog » et j’espère que vous avez bien survécu à cet été caniculaire.
J’ai lu récemment dans le journal 20 Minutes un article intitulé « La Suisse s’endette comme personne : pourquoi c’est une force ». Ce titre interpelle. Un endettement élevé peut-il réellement être considéré comme une force ? Pour répondre à cette question, il faut d’abord savoir de quelle dette on parle. S’agit-il de la dette publique de l’État ou de la dette privée des ménages ? Cette distinction est essentielle pour interpréter correctement les chiffres.
Extraits de l’article de 20 Minutes
« Les ménages suisses sont les plus endettés au monde. […] Le monde croule sous une dette toujours plus lourde. Aux États-Unis, elle atteint 124 % du produit intérieur brut (PIB), tandis qu'au Japon, champion en la matière, elle dépasse les 200 %. En Europe, la France, l'Italie et le Royaume-Uni affichent également un endettement supérieur à 100 % de leur PIB.
En Suisse, la dette publique est bien plus faible. En revanche, les ménages affichent le taux d’endettement le plus élevé au monde, à 125 % du PIB. L’endettement s’élève ainsi à 130 000 dollars (105 365 francs) par habitant, contre environ 28 000 dollars en Allemagne.[…]
La dette est compensée par des actifs
Ce qui compte, ce n’est pas tant le montant de la dette que la capacité à la rembourser et la confiance qu’elle inspire aux investisseurs. […] La Suisse peut compter sur une économie particulièrement solide. Avec un PIB par habitant de près de 110 000 dollars, elle figure parmi les économies les plus prospères du monde. […]Selon l’analyste Julian Marx, l’endettement des ménages suisses pourrait même encore augmenter. D’après les données de l’Office fédéral du logement, seuls 36 % des logements occupés toute l’année le sont par leurs propriétaires, soit le taux de propriété le plus faible d’Europe. »
Source : 20 Minutes, « La Suisse s’endette comme personne : pourquoi c’est une force », août 2026. L’article s’appuie notamment sur une analyse de Julian Marx (Flossbach von Storch), « Schweiz – Hohe Schulden als Qualitätssiegel? », 6 août 2026.
Une distinction importante : dette publique et dette privée
À mon avis, l’article de 20 Minutes ne fait pas ressortir assez clairement la différence entre dette publique et dette privée. Or, il s’agit de deux catégories différentes. La dette publique correspond aux engagements des administrations publiques ; la dette privée concerne notamment les ménages et leurs emprunts, en particulier les crédits hypothécaires.
Pour comparer la Suisse avec les États-Unis ou le Japon, il faut donc utiliser le même indicateur. Selon les données du Fonds monétaire international (FMI), la dette publique brute des administrations publiques représentait en 2025 environ 36,9 % du PIB en Suisse, contre 123,9 % aux États-Unis, 206,5 % au Japon et 117,5 % en France.
Ces chiffres sont comparables parce qu’ils reposent sur le même concept : la dette brute des administrations publiques en pourcentage du PIB.
Le taux de 125 % du PIB cité ensuite dans l’article pour la Suisse mesure, lui, l’endettement des ménages (dette privée). Il ne doit donc pas être comparé directement aux chiffres de dette publique des États-Unis ou du Japon. Autrement dit, il faut éviter de comparer des réalités différentes.
Le titre de l’article mérite donc d’être nuancé : ce n’est pas la dette en elle-même qui constitue une force. Ce qui rend l’endettement des ménages suisses moins préoccupant, c’est notamment qu’une grande partie de cette dette est liée à des actifs immobiliers, dans le contexte d’une économie solide. Cela ne supprime toutefois ni la dette ni les risques qu’elle peut représenter pour certains ménages.
Source des comparaisons internationales : Fonds monétaire international (FMI), données sur la dette brute des administrations publiques, 2025.
Un mot personnel d’un point de vue biblique
La comparaison internationale montre donc que l’endettement public de la Suisse reste relativement faible par rapport à celui de nombreux pays industrialisés. Cela ne signifie toutefois pas, à mon sens, que nous devrions considérer toute dette publique comme anodine. Compte tenu des décennies de prospérité que notre pays a connues depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous aurions pu, voire dû, constituer davantage de réserves en prévision d’années plus difficiles. C’est d’ailleurs un principe que l’on recommande aussi aux particuliers : épargner pendant les années favorables afin de pouvoir faire face aux périodes plus difficiles.
En revanche, le niveau élevé de l’endettement des ménages suisses doit être interprété différemment. Une grande partie de cette dette est liée à l’immobilier, c’est-à-dire à des crédits hypothécaires contractés pour financer des appartements, des maisons ou d’autres biens immobiliers. Il ne s’agit donc pas nécessairement de dettes de consommation sans contre-valeur : ces emprunts sont généralement adossés à des actifs immobiliers.
Cela ne signifie évidemment pas que toute dette immobilière soit saine ou sans risque. Le montant du crédit, la valeur du bien, les revenus de l’emprunteur, le niveau des taux d’intérêt et la capacité à supporter la dette à long terme restent déterminants. Une attention particulière doit notamment être portée au passage à la retraite, lorsque les revenus diminuent alors que les exigences liées au financement hypothécaire demeurent.
Concernant les prêts immobiliers, j’aimerais ajouter une réflexion qui s’inscrit dans la perspective de notre « Document de base Alliance-CH ». Les biens immobiliers y sont considérés comme des valeurs réelles, après les investissements dans les personnes et l’agriculture. Dans cette logique, une dette raisonnable liée à un bien immobilier ne constitue pas nécessairement une « dette malsaine ».
J’explique plus en détail ce que j’entends par une dette « raisonnable » dans mon livre « La crise – que faire ? », dans la rubrique « Immobilier et ce qu’il faut savoir », à l’aide de plusieurs exemples concrets. J’y aborde également le sujet délicat du « piège des retraités », c’est-à-dire les risques liés au crédit lors du passage à la retraite.
Vous pouvez commander le livre ici : https://www.alliance-ch.ch/[...]/boutique.html
Un dernier mot sur l’évolution des cours de l’argent et de l’or
Dans mon blog du 20 avril 2026, intitulé « Des turbulences, rien que des turbulences », j’ai souligné que les fluctuations des cours de l’argent et de l’or ne devaient pas nous impressionner. Dans ma compréhension, l’argent et l’or représentent des valeurs réelles et durables, contrairement aux monnaies fiduciaires, dont le fonctionnement est étroitement lié au crédit et à la dette.
En bref
Je considère l’or et l’argent comme les seules vraies monnaies. Le système monétaire moderne repose, quant à lui, largement sur le crédit et sur la création de monnaie liée à l’endettement.
Comment réagir ? Comme nous l’avons déjà dit, nous devons garder à l’esprit la valeur particulière que peuvent représenter l’argent et l’or. Le célèbre économiste anglais John Maynard Keynes* (1883-1946) a critiqué l’étalon-or et l’a associé à l’expression « relique barbare ». On reproche également aux métaux précieux de ne pas rapporter d’intérêts. Pour ma part, j’y vois une autre logique : celle de la conservation d’une valeur réelle dans le temps.
Dans mon livre « La crise – que faire ? », je mentionne le cas d’une veuve à qui j’avais conseillé, en 1999, de convertir le million laissé par son défunt mari en 83 kilos d’or, au cours d’environ 12 000 francs le kilo. À un cours d’environ 115 000 francs le kilo, ces 83 kilos représenteraient aujourd’hui environ 9,5 millions de francs. Cet exemple illustre la forte appréciation de l’or sur cette période. La performance passée ne garantit toutefois pas l’évolution future.
C’est pourquoi, en tant que détenteurs d’argent et d’or, je vous encourage à garder une vision de long terme et à ne pas vous laisser déstabiliser par les fluctuations de court terme.
The best is yet to come – ou, en français : le meilleur reste à venir ! Nous le vivrons ensemble !
Que Dieu vous bénisse au nom de Jésus !
Kurt Bühlmann
Président de la coopérative Alliance-CH
* John Maynard Keynes a vivement critiqué l’étalon-or, qu’il jugeait trop rigide pour permettre aux gouvernements et aux banques centrales d’adapter leur politique monétaire aux circonstances économiques, notamment en période de crise ou de déflation.
Références statistiques : FMI, Article IV Consultation – Switzerland (2025) ; FMI, World Economic Outlook, avril 2026, tableau A8. Les chiffres de dette publique cités ci-dessus correspondent à la dette brute des administrations publiques en 2025.
Chers amis et connaissances,
Je reprends du service avec ce « blog » et j’espère que vous avez bien survécu à cet été caniculaire.
J’ai lu récemment dans le journal 20 Minutes un article intitulé « La Suisse s’endette comme personne : pourquoi c’est une force ». Ce titre interpelle. Un endettement élevé peut-il réellement être considéré comme une force ? Pour répondre à cette question, il faut d’abord savoir de quelle dette on parle. S’agit-il de la dette publique de l’État ou de la dette privée des ménages ? Cette distinction est essentielle pour interpréter correctement les chiffres.
Extraits de l’article de 20 Minutes
« Les ménages suisses sont les plus endettés au monde. […] Le monde croule sous une dette toujours plus lourde. Aux États-Unis, elle atteint 124 % du produit intérieur brut (PIB), tandis qu'au Japon, champion en la matière, elle dépasse les 200 %. En Europe, la France, l'Italie et le Royaume-Uni affichent également un endettement supérieur à 100 % de leur PIB.
En Suisse, la dette publique est bien plus faible. En revanche, les ménages affichent le taux d’endettement le plus élevé au monde, à 125 % du PIB. L’endettement s’élève ainsi à 130 000 dollars (105 365 francs) par habitant, contre environ 28 000 dollars en Allemagne.[…]
La dette est compensée par des actifs
Ce qui compte, ce n’est pas tant le montant de la dette que la capacité à la rembourser et la confiance qu’elle inspire aux investisseurs. […] La Suisse peut compter sur une économie particulièrement solide. Avec un PIB par habitant de près de 110 000 dollars, elle figure parmi les économies les plus prospères du monde. […]Selon l’analyste Julian Marx, l’endettement des ménages suisses pourrait même encore augmenter. D’après les données de l’Office fédéral du logement, seuls 36 % des logements occupés toute l’année le sont par leurs propriétaires, soit le taux de propriété le plus faible d’Europe. »
Source : 20 Minutes, « La Suisse s’endette comme personne : pourquoi c’est une force », août 2026. L’article s’appuie notamment sur une analyse de Julian Marx (Flossbach von Storch), « Schweiz – Hohe Schulden als Qualitätssiegel? », 6 août 2026.
Une distinction importante : dette publique et dette privée
À mon avis, l’article de 20 Minutes ne fait pas ressortir assez clairement la différence entre dette publique et dette privée. Or, il s’agit de deux catégories différentes. La dette publique correspond aux engagements des administrations publiques ; la dette privée concerne notamment les ménages et leurs emprunts, en particulier les crédits hypothécaires.
Pour comparer la Suisse avec les États-Unis ou le Japon, il faut donc utiliser le même indicateur. Selon les données du Fonds monétaire international (FMI), la dette publique brute des administrations publiques représentait en 2025 environ 36,9 % du PIB en Suisse, contre 123,9 % aux États-Unis, 206,5 % au Japon et 117,5 % en France.
Ces chiffres sont comparables parce qu’ils reposent sur le même concept : la dette brute des administrations publiques en pourcentage du PIB.
Le taux de 125 % du PIB cité ensuite dans l’article pour la Suisse mesure, lui, l’endettement des ménages (dette privée). Il ne doit donc pas être comparé directement aux chiffres de dette publique des États-Unis ou du Japon. Autrement dit, il faut éviter de comparer des réalités différentes.
Le titre de l’article mérite donc d’être nuancé : ce n’est pas la dette en elle-même qui constitue une force. Ce qui rend l’endettement des ménages suisses moins préoccupant, c’est notamment qu’une grande partie de cette dette est liée à des actifs immobiliers, dans le contexte d’une économie solide. Cela ne supprime toutefois ni la dette ni les risques qu’elle peut représenter pour certains ménages.
Source des comparaisons internationales : Fonds monétaire international (FMI), données sur la dette brute des administrations publiques, 2025.
Un mot personnel d’un point de vue biblique
La comparaison internationale montre donc que l’endettement public de la Suisse reste relativement faible par rapport à celui de nombreux pays industrialisés. Cela ne signifie toutefois pas, à mon sens, que nous devrions considérer toute dette publique comme anodine. Compte tenu des décennies de prospérité que notre pays a connues depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous aurions pu, voire dû, constituer davantage de réserves en prévision d’années plus difficiles. C’est d’ailleurs un principe que l’on recommande aussi aux particuliers : épargner pendant les années favorables afin de pouvoir faire face aux périodes plus difficiles.
En revanche, le niveau élevé de l’endettement des ménages suisses doit être interprété différemment. Une grande partie de cette dette est liée à l’immobilier, c’est-à-dire à des crédits hypothécaires contractés pour financer des appartements, des maisons ou d’autres biens immobiliers. Il ne s’agit donc pas nécessairement de dettes de consommation sans contre-valeur : ces emprunts sont généralement adossés à des actifs immobiliers.
Cela ne signifie évidemment pas que toute dette immobilière soit saine ou sans risque. Le montant du crédit, la valeur du bien, les revenus de l’emprunteur, le niveau des taux d’intérêt et la capacité à supporter la dette à long terme restent déterminants. Une attention particulière doit notamment être portée au passage à la retraite, lorsque les revenus diminuent alors que les exigences liées au financement hypothécaire demeurent.
Concernant les prêts immobiliers, j’aimerais ajouter une réflexion qui s’inscrit dans la perspective de notre « Document de base Alliance-CH ». Les biens immobiliers y sont considérés comme des valeurs réelles, après les investissements dans les personnes et l’agriculture. Dans cette logique, une dette raisonnable liée à un bien immobilier ne constitue pas nécessairement une « dette malsaine ».
J’explique plus en détail ce que j’entends par une dette « raisonnable » dans mon livre « La crise – que faire ? », dans la rubrique « Immobilier et ce qu’il faut savoir », à l’aide de plusieurs exemples concrets. J’y aborde également le sujet délicat du « piège des retraités », c’est-à-dire les risques liés au crédit lors du passage à la retraite.
Vous pouvez commander le livre ici : https://www.alliance-ch.ch/[...]/boutique.html
Un dernier mot sur l’évolution des cours de l’argent et de l’or
Dans mon blog du 20 avril 2026, intitulé « Des turbulences, rien que des turbulences », j’ai souligné que les fluctuations des cours de l’argent et de l’or ne devaient pas nous impressionner. Dans ma compréhension, l’argent et l’or représentent des valeurs réelles et durables, contrairement aux monnaies fiduciaires, dont le fonctionnement est étroitement lié au crédit et à la dette.
En bref
Je considère l’or et l’argent comme les seules vraies monnaies. Le système monétaire moderne repose, quant à lui, largement sur le crédit et sur la création de monnaie liée à l’endettement.
Comment réagir ? Comme nous l’avons déjà dit, nous devons garder à l’esprit la valeur particulière que peuvent représenter l’argent et l’or. Le célèbre économiste anglais John Maynard Keynes* (1883-1946) a critiqué l’étalon-or et l’a associé à l’expression « relique barbare ». On reproche également aux métaux précieux de ne pas rapporter d’intérêts. Pour ma part, j’y vois une autre logique : celle de la conservation d’une valeur réelle dans le temps.
Dans mon livre « La crise – que faire ? », je mentionne le cas d’une veuve à qui j’avais conseillé, en 1999, de convertir le million laissé par son défunt mari en 83 kilos d’or, au cours d’environ 12 000 francs le kilo. À un cours d’environ 115 000 francs le kilo, ces 83 kilos représenteraient aujourd’hui environ 9,5 millions de francs. Cet exemple illustre la forte appréciation de l’or sur cette période. La performance passée ne garantit toutefois pas l’évolution future.
C’est pourquoi, en tant que détenteurs d’argent et d’or, je vous encourage à garder une vision de long terme et à ne pas vous laisser déstabiliser par les fluctuations de court terme.
The best is yet to come – ou, en français : le meilleur reste à venir ! Nous le vivrons ensemble !
Que Dieu vous bénisse au nom de Jésus !
Kurt Bühlmann
Président de la coopérative Alliance-CH
* John Maynard Keynes a vivement critiqué l’étalon-or, qu’il jugeait trop rigide pour permettre aux gouvernements et aux banques centrales d’adapter leur politique monétaire aux circonstances économiques, notamment en période de crise ou de déflation.
Références statistiques : FMI, Article IV Consultation – Switzerland (2025) ; FMI, World Economic Outlook, avril 2026, tableau A8. Les chiffres de dette publique cités ci-dessus correspondent à la dette brute des administrations publiques en 2025.